Trek dans le désert au Maroc

récit d'une expérience inoubliable

Du rêve à la réalité



Ce type d’expérience part souvent d’une motivation louable, style fin de repas de réveillon. Et si on allait faire un trek dans le désert, pour nous ressourcer ?

Je pense que l’intention était plus profonde. On a tous lu Tintin au pays de l’or noir, et vu ces images de caravanes de chameaux se déplacer sur de superbes dunes au soleil couchant. C’est de ces images dont j’avais envie, mais aussi d’activité sportive. Donc ce sera marche.

Bien se préparer pour son trekking dans le désert



En bon européen habitué à son petit confort douillet, s’affronter au désert, c’est un peu choisir de passer ses vacances dans un milieu hostile. Autant naviguer en pleine mer me ravi et j’y suis habitué, marcher dans le désert, c’est une expérience nouvelle que je souhaitais préparer pour en profiter pleinement.

Alors je me plonge dans les guides, les blogs, envie de tout savoir avant de découvrir. Et nous voilà parti faire les magasins pour acheter de bonnes chaussures, sac de couchage grand froid, gourde, bâtons de marche… Bref, tout le paquetage de survie. On part où il n’y a rien, et il nous faut tout, peur de manquer, tel l’homme civilisé s’enfonçant dans la nature la carte bleue jamais très loin…

Je me suis astreint à une préparation sportive : marche, yoga, natation… Retrouver du cardio, de la souplesse et du gainage pour supporter 5 à 6 heures de marche par jour. Pas méchant, mais quand vous êtes assis devant votre ordinateur toute la journée, le choc peut être important.
Fin du trek dans le desert avant retour Essaouira

Le grand départ pour le trekking dans le désert.



Le 30 décembre, nous voilà fins prêts, vaillants voyageurs, prêts à conquérir le désert marocain. Nous partons de notre Riad Eucalyptus à Essaouira, on retrouve le groupe dans un Riad à Marrakech où on passe la nuit, et au petit matin, départ en mini bus pour M'Hamid situé à l'extrémité sud-est du Maroc, aux portes du désert. C'est la dernière des oasis de la vallée du Drâa avant de pénétrer au cœur de l'immensité désertique.
On y arrive en fin d’après-midi. Afin de se mettre en condition, on enfile les chaussures de marche, 2 km dans le désert et déjà loin de tout, pour arriver dans notre campement du soir, accueilli par les nomades qui seront nos anges gardien pendant la semaine. Là, on se dit : « on y est ».
Fini la vie confortable des Riad, on rentre dans le dur et on découvre ce qui sera notre quotidien pendant une semaine.

Premier bivouac dans le désert marocain



Les nomades ont installé un campement nomade avec un système de banquettes autour du feu, en utilisant les matelas et les selles des dromadaires en dossier. Ingénieux et, finalement, plutôt confortable au vu de la situation. On se retrouve dans une vraie scène de cinéma, une douzaine de personnes autour du feu, la nuit, dans le désert, pour manger le tajine, à refaire le monde. Il faut savoir accueillir ce moment exceptionnel, quitter ses habits de ville et rentrer pour quelques jours dans un autre monde.
cuisson du Tajine dans le désert du Maroc

Se préparer à dormir dans le désert



A la fin du repas, chacun prend un bout de la « banquette » pour en faire un matelas et rentre dans la tente. Les plus courageux dorment à la belle étoile les yeux rivés sur un ciel très pur.
En résumé, la « banquette matelas » en mousse fait 5 cm d’épaisseur, posée directement sur le sable, il fait 5 degrés, nuit, et il faut se préparer pour dormir. Toilette sommaire, collant, chaussette, pull, bonnet, gants, écharpe… et gros sac de couchage de montagne. Pour le câlin avant dodo c’est compliqué, on a voulu le désert, on y est !
Faire pipi dans la nuit au milieu des dromadaires endormis demande une certaine dextérité, heureusement, nous avions emmené nos chaussons doudou, seul luxe que l’on s’autorisait. Je ne dis pas avoir passé la meilleure de mes nuits, mais pas pire que dans un bateau par fort vent.


  • Le réveil après la première nuit dans le désert dans notre campement nomade

Le réveil est magique, au milieu de nulle part, les nomades sont déjà en train de préparer le thé après avoir réveillé le feu d’hier, les dromadaires grognent, et le groupe se prépare pour la séance de yoga matinal, avec gant, chaussette, bonnet, doudoune… Particulier, mais… on est dans le désert et la salutation au soleil qui apparait derrière la dune pour nous dire bonjour, inoubliable.
Dans le camp ça s’agite, les nomades ont déjà démonté les tentes, ils ont préparé un petit déjeuner copieux qu’il faut prendre rapidement. La technique consiste à marcher le plus possible avant les fortes chaleurs. Le midi c’est juste une pause énergie de 15 minutes mandarine / dates / eau pour pouvoir arriver au lieu de bivouac vers 15 heures. Parce que les nomades doivent installer le camp avant la nuit, préparer à manger…. Merci à eux.

Nathalie et Patrick, gérant riad eucalyptus, trek désert maroc

L’expérience de la marche dans le désert



Alors, marcher dans le désert ? ce n’est pas comme dans les films, le sable à l’infini. Heureusement. On se déplace au milieu de micros cordons dunaires, avec des parties en croutes séchées par le soleil et le vent, ce qui facilite la marche. Les nomades sont dans leur jardin, nous on est perdu, aucuns repères.
Les dromadaires portent les paquetages, les nomades marchent en sandales pieds nus, nous avec nos chaussures de marche dernier cri. Ça me rappelle les citadins qui débarquaient en Bretagne avec bottes et cirés au bord de la plage alors que le soleil pointait à l’horizon. Je me sens un peu en décalage avec l’environnement et l’ambiance nomade, mais j’assume, et il faut savoir accueillir le moment.


Le paysage est lunaire, aucune vie à part un arbuste de temps à temps, quelques rares fois des bosquets. C’est aride et doux en même temps. Et chaque soir, les nomades nous faisaient dormir dans des petits cirques dunaires, cocons, magnifiques.

Un grand moment d’émotion



Notre guide Ismail était un jeune, habitant aujourd’hui M'Hamid, mais qui est né dans le désert et il y habité jusqu’à l’âge de dix ans, la vie de nomade n’a donc aucun secret pour lui. Il le vit dans ses tripes, comme un pêcheur breton sur son bateau. Vous avez compris que j’étais breton du bord de mer.
A un moment de notre marche, au milieu de la semaine, il s’arrête et demande de nous regrouper. Il nous explique que ses ancêtres sont enterrés à cet endroit sous le sable. Et là il nous explique sa jeunesse de nomade, et on comprend que cette immensité désertique, qui pour nous est le lieu d’une expérience touristique, a eu ses habitants, son histoire, ses rites et traditions. Respect et merci pour ces partages, Ismail.

Le rythme du trek dans le désert au Maroc



On finit par prendre le rythme, le réveil du matin avec séance de yoga, petit déjeuner, chargement des dromadaires, 3 heures de marche, pause, 2 heures de marche, arrivée au campement nomade comme une forme de délivrance. Après la pause datte, certains nomades partaient devant pour commencer à préparer le bivouac. De vrais anges gardiens au service de notre bien-être. Et au fil des jours, parce qu’il y avait une belle énergie dans le groupe, et malgré la barrière de la langue, des liens se sont créés avec eux. Nous nous sommes un peu rapprochés, ils nous ont emmenés dans leur monde, le soir on chantait ensemble, on rigolait, une vie simple.
Dromadaire chargé avant de partir pour la journée trek dans le désert Maroc de Patrick et Nathalie gérant riad Eucalyptus Essaouira

Les dromadaires du désert : des compagnons de route râleurs mais costauds.



Il faut que je dise un mot sur les dromadaires. Cet animal est capable de porter de lourdes charges, les coussinets au bout de leurs pattes les rendent très à l’aise dans les dunes, la fameuse bosse est une réserve, on ne mange ni ne boit tous les jours dans le désert. Je ne dis pas que l’on a tissé de grands liens d’amitié avec eux, ils restent plutôt rustres et parfois râleurs, mais c’est quand même grâce à eux que nous avons pu réaliser ce trek au Maroc, et on finit par s’attacher. Et puis un jour où j’étais vraiment fatigué, un dromadaire m’a servi de voiture balais pendant quelques kilomètres. Je lui en suis très reconnaissant. Je ne pensais pas un jour tomber amoureux d’un dromadaire.
Préparation du repas dans le désert Marocain au cours du trek de Patrick et Nathalie gérant du riad Eucalyptus

La cuisine des nomades dans le désert marocain : tajine et cuisson dans le sable



C’est pendant ce trek que j’ai compris la signification du tajine. Le tajine n’est pas une recette, c’est un mode de cuisson. Les nomades se déplacent avec ces plats en forme de pyramide arrondie, qui permet avec très peu de chaleur de faire une cuisson vapeur savoureuse. Parce qu’il n’y a pas beaucoup de bois dans le désert, il faut donc gérer le maigre stock. Les repas étaient beaucoup à base de légumes, de fruit, d’œufs et au début de viande, tout ce qui se conserve très bien. La nuit il fait très froid, pas besoin de frigo.


  • Comment les nomades préparent le pain dans le désert


Le pain est à la base de la nourriture Berbère. Il sert de couvert pour manger le Tajine, avec les doigts. Pour le pain, il était cuit tous les jours, soit sur une plaque en fer posée sur le feu, soit cuit dans le sable. Les nomades font un trou, ils mettent de la braise au fond, ils posent la pâte sur la braise et recouvrent de sable. Le pain cuit dans une enveloppe chaude, c’est succulent. C’est une belle expérience de cuisine berbère traditionnelle, et ça nous a guidé pour notre offre de restauration au Riad Eucalyptus à Essaouira.
C’est un peu la même technique avec le four berbère que l’on a construit avec des pierres et du torchis à l’argile blanche au Riad Eucalyptus et où le mouton est cuit pendant plusieurs heures à l’étouffée.

Le retour à la civilisation.



Le dernier soir, nous avons dormi dans un campement nomade de bungalows à 2 km de M'Hamid. Rustique, mais d’un grand confort par rapport à ce que nous avions vécu. Je reconnais que nous avons apprécié une bonne douche, même si faire sa toilette avec des lingettes permet d’aller à l’essentiel.
Repas dans un salon marocain où chacun a pu partager ses émotions et chacun a pu dormir dans un lit avant départ au petit matin et retour à la civilisation.
Dromadaires dans le désert en train de se restaurer pendant le trek de Nathalie et Patrick gérant Riad Eucalyptus

Mon expérience de trek dans le désert au Maroc



Très clairement, c’est une de mes plus belles expériences de voyage. On vit en rupture totale avec notre quotidien, tant dans le paysage que dans le mode de vie. Une routine de vie nomade s’installe, sachant que nous étions détachés des tâches journalières, grâce aux nomades qui nous chouchoutaient et nous faisaient partager leur vie. C’est humainement très fort, ça ouvre les chakras et permet de reprendre de la hauteur sur notre confort de vie.

Le yoga dans le désert ? le matin il fait froid, et le soir j’étais vraiment fatigué. Mais l’environnement s’y prête et associer trek et yoga est cohérent.

Ce trek me rappelle mes croisières en bateau à voile, où il m’est arrivé de naviguer dans des conditions complexes, où on se retrouve à se demander ce que l’on fait là. C’est engagé, on se recentre sur l’essentiel, on se prend la nature en pleine figure, et on oublie le reste. Et le partage avec les nomades est vraiment humainement très fort, une belle leçon de vie.

J’y retournerais, c’est sûr. En attendant, je vais essayer d’apprendre à faire du cheval, j’aimerais faire un raid de quelques jours dans les dunes d’Essaouira, au départ de notre Riad Eucalyptus Ethnic hôtel.

Infos pratiques pour organiser un trek dans le désert au Maroc



  • Type de séjour : trek dans le désert marocain
  • Durée : 5 à 7 jours. Il faut du temps pour rentrer dans le rythme lent et pour que l’expérience immersive dans le désert soit totale, mieux qu’une simple randonnée dans le désert.
  • Point de départ : Essaouira → Marrakech → M’Hamid (dernier village avant le Sahara)
  • Organisateurs : agences locales avec guides nomades et cuisiniers. Notre guide Ismail : +212 669-555539
  • Hébergement : bivouac en tente nomade (matelas mousse), campement nomade le dernier soir
  • Activités : marche (5-6h/jour), yoga, vie nomade, cuisine traditionnelle berbère
  • Période conseillée : octobre à avril (éviter les grosses chaleurs)
  • Équipement recommandé: chaussures de marche souples, sac de couchage grand froid, vêtements chauds (pull, bonnet, gants), gourde, lingettes, chaussons, doudou (si si)
  • Niveau requis : accessible à toute personne en bonne santé avec un peu de préparation
  • Conseil : Trek dans le désert pendant 6 jours, et venir quelques jours au Riad Eucalyptus Ethnic hôtel à Essaouira pour « atterrir » et se reposer avant de repartir à la maison.
  • Variante : raid à cheval pendant 3 jours à Essaouira, au départ du Riad Eucalyptus Ethnic hôtel.